L’inverse de l’addiction n’est pas l’abstinence mais le lien social

On a découvert les mécanismes probables de l’addiction, et ce n’est pas ce que vous pensez.

« Voilà maintenant un siècle que l’on a commencé à interdire certains stupéfiants, et pendant ces cent années de lutte contre la drogue, nos professeurs et nos gouvernements nous ont tous dit la même chose sur l’addiction.

Cette histoire est si profondément ancrée dans notre esprit que nous la tenons pour acquise. Elle nous semble évidente, et manifestement vraie. J’y croyais moi aussi, jusqu’à ce que j’entame il y a trois ans et demie un périple de 50 000 kilomètres qui servirait de base à mon nouveau livre, Chasing The Scream: The First And Last Days of the War on Drugs, afin de comprendre ce qui se cachait réellement derrière cette lutte contre la drogue.

Or ce que j’ai appris en cours de route, c’est que presque tout ce qu’on nous a dit est faux et qu’une histoire très différente attend d’être racontée, pour peu que nous soyons prêts à l’entendre.

Si nous sommes capables d’assimiler ces nouvelles informations, il faudra non seulement changer notre politique en matière de lutte contre la drogue mais la manière même dont nous envisageons le problème.

Cette histoire, je l’ai apprise au contact de l’extraordinaire mosaïque des personnes dont j’ai fait la connaissance au cours de mes voyages. Et notamment des amis encore en vie de Billie Holiday qui m’ont appris que le père de la lutte contre la drogue s’était acharné à la poursuivre et avait contribué à la tuer. D’un médecin juif, exfiltré du ghetto de Budapest lorsqu’il était bébé, qui a découvert les secrets de l’addiction. D’un dealer de crack transsexuel, à Brooklyn, dont la mère, accro au crack, avait été violée par son père, un policier new-yorkais. D’un homme que des tortionnaires ont gardé deux ans au fond d’un puits pendant la dictature et qui a fini par être élu président de l’Uruguay avant de donner le coup de grâce à la lutte contre la drogue.

Si nous sommes capables d’assimiler ces nouvelles informations, il faudra non seulement changer notre politique en matière de lutte contre la drogue mais la manière même dont nous envisageons le problème. » …

« Pour le Pr. Peter Cohen, nous éprouvons tous un besoin viscéral de créer du lien. C’est ce qui nous comble. Quand c’est impossible, nous prenons ce que nous avons sous la main – le ronronnement d’une roulette de casino ou la piqûre d’une seringue. Selon lui, il faut arrêter de parler de dépendance et préférer le terme de connexion. Faute de pouvoir nouer des liens profonds, on se connecte à l’héroïne. »

Présentation de Johann Hari (en anglais)